La saison de la pression (et du beurre)
Ne me demandez pas ce que je fais les mercredis soirs : La seizième saison de Top Chef a démarré cette semaine et pendant quelques semaines, ce sera mon programme. Je vais chaque semaine jeter un regard amusé et critique sur l’émission, en souvenir des drôlissimes « Récap en Gif et avec l’acceng du sud » d’Anaïs Bordages sur Slate.fr.
M6 et ses réseaux ayant déjà diffusé plein de teasers, pas mal de choses ont été annoncées à grand renfort de superlatifs. Des inspecteurs « d’un célèbre guide » dégusteront les plats des candidats et le gagnant du concours ouvrira un restaurant éphémère et pourrait (ceux qui ne connaissent pas le sens du conditionnel sont priés de retourner à leur Bescherelle) se voir attribuer une étoile dans ce « fameux guide ».
Pour l’heure après l’interminable tunnel de publicités (pour des produits industriels, tout le contraire de ce qui est vanté dans l’émission), le show peut commencer. Il est 21:21, make a wish, aller, soyons folle, on aimerait bien qu’il y ait un maximum de cuisinières et qu’elles tiennent la dragée haute à ces messieurs. Peine perdue, dès l’arrivée de la première fournée de candidats : il n’y a que deux femmes sur les sept, dont Philippine qui est là avec son chéri, Charles. Ils sont « co-chefs » de leur restaurant, mais le gars a très envie que ce soit lui le calife et la présentation nous pousse à le penser aussi : elle bosse au poste du froid et l’appelle « chef » (la réciproque ne va pas de soi).

C’est tipar, Stéphane Rotenberg annonce « la grande nouveauté de la saison », la présence des inspecteurs du guide (il tourne autour du pot pour ne pas dire Michelin !), la possibilité de gagner une étoile et la règle surprise : les fameux critiques vont décerner des coups de cœur lors de différentes épreuve. Un candidat qui obtient deux coups de cœur sera qualifié pour les quarts de finale. Ça roule des yeux, ça sautille d’excitation et « ça fout la pression ». Après la saison de l’audace, voilà la saison de la pression, on n’entend que ça !
La première épreuve, c’est poulet-pomme de terre, avec les poncifs qui vont bien : « une belle entrée en matière », « un plat iconique », « réconfortant », « classique à réinventer », « plus technique qu’il n’y parait »…
On commence fort avec Quentin et une première phrase: « je veux casser le cerveau des jurys avec une madeleine de Proust ». Le gars a 24 ans, dont dix de cuisine. C’est un grand rêveur, et un écorché vif qui a perdu sa maman très jeune. Sa mamie est « son chef trois étoiles » qui semble avoir un avis sur tout. L’émission n’a commencé que depuis quinze minutes, on a déjà droit au « si j’ai pas de sauce, j’ai pas de plat ». En vrai, son beurre de poulet, ça a vraiment l’air hyper bon, vous m’en mettrez un litre. Il nous livre une « volaille du lendemain avec mayo » : une fricassée de volaille au porto de foie accompagnée d’un sabayon de poulet. Et on sent d’ici l’odeur du poulet rôti.

Charles veut faire un mille-feuille croustillant avec des tuiles de peau de poulet. Les chefs sont dubitatifs: « c’est risqué », d’autant qu’il est autodidacte. Il ne s’y prend pas trop bien et perd rapidement ses moyens: « C’est la descente aux enfers », commente-t-il. Heureusement Philippine, finalement très à l’aise – même au chaud, si si – veut réconforter son chéri. Elle l’aide à sauver ce qui peut l’être et à terminer son épreuve. De son côté, elle se lance dans un trompe-l’œil de cuisse de poulet assez réussi où de la pomme de terre est frite autour de l’os du poulet. « Elle a besoin de se libérer et de sortir du carcan du couple », nous explique Stéphanie Le Quellec.

Vient ensuite Noémie, « je suis un paradoxe ». Dans son restaurant, elle cuisine tout au feu de bois, mais ajoute « l’élégance des assiettes à la brutalité du feu ». Elle veut à tout prix faire des pommes soufflées, ce qui lui prend beaucoup d’énergie et lui ajoute beaucoup de stress. Au final, elle en sort quelques-unes avec un cannelloni de poulet qui m’a l’air un peu sec, mais la purée d’ail et le jus aux feuilles de figuier nous font de l’œil.
Comme dans chaque saison, il y a forcément un candidat Belge, qui est forcément « généreux ». C’est Noé, qui a déjà ouvert six restaurants éphémères dans des endroits invraisemblables. Le genre de profil taillé pour la Guerre des restos. Il fait des ballotines au barbecue, transpire beaucoup en disant « je ne sais pas si ça va le faire » et y met plein d’épices « qui font voyager ». Il s’éparpille un peu trop, mais ça passe.
Enfin, on nous présente deux candidats qui ont deux points communs : vouloir être dans la brigade de Paul Pairet… et un catogan. Kilian est une « star des réseaux sociaux », avec des tatouages tout partout, mais « l’habit ne fait pas le moine » (comprendre, ce n’est pas un mauvais garçon, même s’il a des tatouages au visage). Le benjamin du concours opte pour un effiloché de poulet, saveur café qui fait un peu flop. Estaban vient de Colombie. La preuve, il a le même accent de Juan Arbelaez. Grosse prise de risque avec une sucette de poulet, une seule bouchée qui bien sûr, doit être percutante.

Toutes les préparations sont filmées en très gros plan, avec un éclairage renforcé pour faire briller (la peau de poulet croustillante chez Kilian par exemple, ça fait très envie).
La nouveauté est l’incrustation de noms de produits, de manière un peu didactique, au cas où on ne sait pas ce qu’est du beurre ou un poireau.

À la dégustation, beaucoup d’enthousiasme pour Quentin. « On le prendrait tous », affirme Stéphanie Le Quellec. Finalement, il est choisi par deux chefs qui se lancent dans des plaidoiries pleines de trémolos pour l’attirer. Il opte pour Glenn Viel et les manchettes grises.
Le trompe-l’œil de Philippine séduit Hélène Darroze qui l’embarque sa brigade rouge. Paul Pairet mise sur Esteban, qui enfile les manchettes violettes. Stéphanie Le Quellec sélectionne Noé « pour sa générosité et sa gourmandise » pour sa brigade orange. Philippe Etchebest a apprécié que Charles ait su rebondir et a livré une assiette pleine « d’élégance et de gourmandise ». Il est donc choisi pour porter le bleu, au risque de « se faire bousculer ». Pour Killian et Noémie, direction épreuve éliminatoire.
La deuxième épreuve se passe dans les cuisines de Top Chef avec l’entrée de Gwendal Poullennec, le directeur du Guide Michelin (qui n’est toujours pas nommé). L’arrivée des inspecteurs est mise en scène avec effets de lumière et musiques dramatiques : une table est dressée au centre avec des spots pointés sur les assiettes, puis sur les mains des dégustateurs. Ils en font des tonnes autour des « personnes de l’ombre » qui dégustent « en grand secret ».




Le défi lancé aux candidats est de préparer un plat pour 4 euros maximum par assiette. On les suit dans les allées du marché, puis en cuisine. À peine entré dans la cuisine, Etchebest remonte les bretelles de Charles pour l’état de son plan de travail : « Ça je veux pas, ça je veux pas ! », lance-t-il. Charles voulait être bousculé, il va l’être. Il cuisine un oignon farci à la francomtoise avec des fromages du Jura et de la saucisse de Montbéliard, garni d’une tuile de cancoillotte: « c’est la revanche de la chips».
Noé est fébrile face aux remarques de Stéphanie Le Quellec : « Fais des arbitrages, il y a trop de trucs dans ton assiette ». Il part dans tous les sens du plan du travail aux fourneaux, coupe et recoupe ses sardines en tremblant. Finalement, sa sardine à la flamme avec un bouillon n’est qu’« une petite entrée », mais ça a l’air bon.

Quentin est inspiré par les carottes, « le premier légume que j’ai planté ». Il met « généreusement » du beurre (comprendre pas loin d’une demi-livre) sur ses rosaces de carottes et du gras de lard sur son crudo de truite… ça ne peut pas être mauvais, n’est-ce pas. Glenn Viel est tout émoustillé – « il se passe une petite étincelle ». Séquence émotion quand la grand-mère de Quentin vient le soutenir. Tout le monde pleure. Elle y va de son conseil « je mettrais du citron ». Esteban mélange moules fumées et pieds de cochon (on aime le terre-mer) avec des haricots verts et un petit shot d’aguachile. « Ça fait plat du jour » regrette Paul Pairet qui veut « plus de folie créative ».


À défaut du blanc de seiche qu’elle a cherché dans tout le marché, Philippine (Phiphi pour les intimes), a acheté de la graisse de canard. Ce dont elle se souvient assez tard, mais qui va donner « du relief » à ses pommes de terre, moules et blancs de poireaux qui accompagnent son cannelloni de blettes. Hélène Darroze la somme : « on ne pense plus à Charles, on s’émancipe. ». Quand bien même, elle a l’air assez sereine de bosser en solo, la production n’a visiblement pas le même agenda : le couple visionne ensemble leurs dégustations. Charles a l’air d’avoir du mal à avaler les commentaires très positifs que reçoit sa co-cheffe. (On attend l’épisode où les amoureux seront face à face dans une épreuve éliminatoire, ce serait du pain béni pour la prod)
Re-musique dramatique avant de soulever les cloches qui révèlent les coups de cœur. Esteban, pour qui les critiques ont été sévères, philosophe : « l’avantage d’être en bas, c’est qu’on ne peut que remonter ».
Coupure pub (c’est loooong)
Sans grande surprise, Quentin remporte le coup de cœur. Re-larmes de joie.

Une dernière épreuve décisive pour savoir qui de Noémie ou Kilian va poursuivre la compétition sans brigade. Le thème c’est « pommes et poires ». Paul Pairet est le seul à penser aux scoubidous de la chanson de Sacha Distel (moi aussi, c’est dire que je suis vieille).
Les petites phrases fusent encore. Kilian va « sublimer » les fruits, sans « partir trop loin » pour « jouer la sécurité ». Il met du beurre avec de la roquette pour faire un condiment. Je crois que finalement, c’est la saison du beurre !

Noémie prépare une recette salée, pommes et poires rôties à l’ail et au beurre (c’est la saison !) avec un bouillon dashi, des algues et du sarrasin. Les chefs ne sont pas sûrs si c’est une entrée ou un dessert, mais il lui accorde quand même le bénéfice du doute. C’est elle qui portera la veste noire. La jeune cheffe a le bon goût de ne pas fanfaronner, parce qu’elle entre dans le concours par la petite porte. La même par laquelle Kilian sort.

On ne sait pas encore dans quelle brigade cachée il ira. Car oui, ça a été annoncé, qu’il y aura deux brigades cachées pour récupérer les candidats perdants. L’une sera coachée par Éric Fréchon, MOF aux manettes du restaurant 3 étoiles du palace Le Bristol, déjà souvent présent dans l’émission. L’autre, sera encadrée par Fabien Ferré, le jeune prodige de 34 ans qui a réussi l’exploit de remporter d’office 3 étoiles Michelin pour son restaurant l’année dernière. Mais la compétition secrète de rattrapage, ce sera pour plus tard.
À la semaine prochaine!